Categoria: Io non mi sento italiano



EDITORI VARI - - Marzo 2003


Un Jacques Brel italien

di Jacques Schmitt


 

Le 1er janvier de cette année, dans le brouillard des lendemains d’hier, à l’ombre de salles de rédaction vides, disparaissait le chanteur italien Giorgio Gaber. Il venait de fêter son soixante-quatrième anniversaire. Anticonformiste, poète, râleur émérite, le nom de Giorgio Gaber n’a que rarement passé la frontière des Alpes. Il faisait partie de ses chanteurs «à textes» de la lignée des Adriano Celentano, Jannacci et autre Luigi Tenco.

En 1970, au sommet de sa popularité, incontournable des programmes télévisuels de la péninsule, il décide courageusement de renoncer aux avantages de cette notoriété et disparait des petits écrans pendant plus de trente ans. Ce n’est que récemment qu’Adriano Celentano l’avait convaincu de revenir sur les plateaux de télévision. Pendant toutes ces années, Giorgio Gaber s’est dédié à la confrontation directe avec le public. Chaque année, il arpentait les théâtres des grandes villes pour y présenter ses spectacles. Des spectacles dans lesquels il s’élevait contre l’imbécillité de nos manières de vivre, contre le conformisme, la bêtise humaine, et le miroir aux alouettes de la politique de son pays.

Pendant vingt ans, il refusa de voter. Continuant de s’insurger contre la facilité de vivre de ses compatriotes, il n’hésitait pas à les moquer avec une ironie pointue. Sorte de Jacques Brel italien, il écrivait «selon moi, les Italiens sont plus intelligents que les Suisses. Mais si on regarde le revenu moyen de chaque Suisse, il me vient à l’idée que nous aurions intérêt à être un peu plus stupides !» Dans un de ses derniers enregistrements, il explique pourquoi certains étaient devenus des communistes. Une longue et savoureuse liste des raisons pour lesquelles on s’inscrivait au parti communiste italien. Parmi toutes les raisons d’adhérer, on trouve celle d’être né en Emilie-Romagne, d’être le fils, le petit-fils, le neveu d’un communiste, de se sentir seul, d’avoir reçu une éducation trop catholique, d’être riche mais aimant le peuple, le besoin d’un autre Dieu, pour avoir une augmentation de salaire, pour faire enrager son père.

L’an dernier, après vingt ans d’absence, Giorgio Gaber renouait avec les studios d’enregistrement (la plupart de ses précédents disques étaient pris sur le vif de ses spectacles) pour tracer un bilan quelque peu amer de sa vie avec « Mia generazione ha sbagliato ». Message émouvant et ironique d’un homme qui continuait à se battre pour un idéal de vie. Aujourd’hui parti, il laisse derrière lui un disque testament « Io non mi sento italiano » dans lequel il fait sa propre introspection. Il y voit les monstres qui nous habitent, nos corruptions, notre égocentrisme tout en terminant sur l’espoir qu’il existera un jour un homme: l’Homme.

Jacques Schmitt

Giorgio Gaber
«La mia generazione ha perso»
East West 857 387 992-2
«Io non mi sento italiano»
East West 5050466 1586-2
(Distribution Warner Music)

(pubblicato su: rivista trimestrale “Art & Fugue”, marzo 2003)

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DISQUES

Io non mi sento italiano
Giorgio Gaber

Warner Music

Giorgio Gaber avait en lui la contestation d’un Léo Ferré, la poésie d’un Georges Brassens, la lucidité d’un Jacques Brel. Chanteur engagé, mai 68 le convainc tourner le dos au succès commercial de son émission télévisuelle hebdomadaire. Il poursuit sa carrière dans les théâtres, près du public. Pendant vingt ans, il déserte les studios d’enregistrement, jusqu’à ses deux derniers albums, poignants testaments artistiques et politiques qui nous crient « Les monstres qui nous habitent » et « Le corrompu ». Des textes pour chacun d’entre nous. Giorgio Gaber est mort le 1er janvier 2003. Il avait 64 ans. JACQUES SCHMITT


(pubblicato su: giornale della domenica “Dimanche.ch”, rubrica “disques”, marzo 2003)
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